La science sur le banc des accusés, l’exemple du procès de la Commission Grands Risques italienne suite au séisme des Abruzzes de 2009.

 

 

Le 6 avril 2009 la région des Abruzzes en Italie est touchée par un fort séisme. On dénombre 309 victimes. On assiste alors à la diffusion d’une polémique autour d’une « alarme manquée ». Les autorités ayant rassuré la population avant le séisme, c’est du moins une des premières hypothèses que nous étayons dans cet article. Antonello Ciccozzi a été chargé par le tribunal de l’Aquila d’analyser la communication des membres de la Commission Grands Risques dans les jours précédant le séisme du 6 avril 2009 et la manière dont cette communication a été perçue et traduite en comportement de la part de la population. Cette expertise, qui est d’ailleurs en Italie la première consultance anthropologico-culturelle recueillie dans le domaine judiciaire, a eu un rôle fondamental dans le procès qui a donné lieu à une sentence choc, « comparée à l’affaire de Galilée », la condamnation en première instance à 6 années de prison pour les scientifiques de la Commission. En première instance le jugement a tenu compte de la réception plus que du discours, l’anthropologue, en effet, souligne l’importance de replacer la science dans la société. Les scientifiques sont relaxés en appel, toutefois cet événement mérite une attention particulière.

 

Les scientifiques dans notre cas, (et demain le COS ?) peuvent-ils être responsables de la diffusion d’un message ? Un message destiné à la population ne doit-il pas être élaboré par (ou sous la responsabilité) des responsables politiques lesquels devraient également en vérifier la bonne réception et porter la responsabilité de leurs propres interprétations ?  La consommation collective des médias a-t-elle créé une dépendance de la communauté et amplifié l’autorité de la « science publique » jusqu’à la rendre périlleuse ? Ce danger semble naître de ce que Patrick Champagne nomme « le nouveau régime de l’information scientifique ».

La Commissions Grands Risques (CGR) se réunit à l’Aquila le 31 mars 2009. Sa réunion est provoquée par l’inquiétude collective croissante dans la Province. La ville de l’Aquila subit une séquence sismique depuis plusieurs mois, et le 30 mars dans l’après-midi, une secousse de 4.1 sur l’échelle de Richter provoque une série de dégâts qui vont jusqu’à rendre hors d’usage des bâtiments publics comme l’école élémentaire De Amicis. « La peur gagne la ville »[1].

La CGR est composé de scientifiques et de personnalités[2] en charge d’apporter un avis scientifique au Département de la Protection Civile (DPC).

La polémique de cette « alarme manquée » est due conjointement à l’attitude rassurante de la communication de la CGR ainsi qu’à la diffusion notamment par les médias sociaux des travaux et prédictions d’un chercheur. En effet, Giampaolo Giuliani, déclare qu’il avait mis au point une technique de prévision et annonce que tout était prévu. Soulignons que c’est avec cette même prévision qu’il aurait pu avoir à faire avec la justice le 29 mars, pour avoir alarmé la population du village de Sulmona et « déclenché des scènes de psychoses collectives »[3]. Le responsable de la Protection civile, Guido Bertolaso, fustigera la démarche de « ces imbéciles qui se divertissent à diffuser de fausses informations ». L’exemple de l’alarme manquée est significatif.

La nuit du 6 avril, la population est frappée par le séisme majeur, à 3h32 précisément. Certains avaient alors décidé cette nuit-là de dormir dans leurs voitures dès onze heure du soir à la suite d’une secousse plus importante qu’à l’accoutumée. « Les habitants de la province était en effet préoccupés par ces événements répétés et les prévisions (de Giampaolo Giuliani) »[4].

 D’autres n’ont pas eu cette attention. C’est le cas de l’anthropologue Antonello Ciccozzi qui a vécu le séisme et avait eu le sentiment d’être rassuré par la Commission Grands Risques.  Pour les autorités, la longue série de petites secousses était un signe positif qui indiquait la libération de l’énergie terrestre, progressivement, de manière inoffensive.

Dans son ouvrage « parola di scienza », Antonello Ciccozzi publie le rapport qu’il a rédigé à la demande du tribunal de l’Aquila. Dans la partie introductive, précédant le rapport et totalement disjointe, il évoque l’intimité de son foyer et son état d’esprit à la suite des premières secousses de la nuit. Il explique pourquoi, selon lui, il n’est pas sorti de son appartement:

« Je me trouvais face à un mélange de signaux réciproquement contradictoires, l’avis des scientifiques de renom, même s’il n’arrivait pas à totalement me convaincre, se posait comme un jugement dominant, comme une vision pour laquelle il paraissait exagéré et embarrassant à mon esprit rationnel d’interpréter ces secousses comme un signal de danger immédiat »[5]

Il explique que l’idée que le séisme était en train de « se décharger » l’empêche alors de prendre la décision que lui suggère son instinct « qui n’aurait pas été inhibé sans cette rassurance ». Il expose dans l’introduction que ce sentiment semble partagé par le reste de la population.

Il souligne également que dans les jours suivants la tragédie il a été rapidement question du mécontentement « dans les discussions dans la rue  et dans les médias locaux ou nationaux, à l’encontre de l’attitude rassurante des scientifiques la semaine précédente », il est fait référence à une « alarme manquée ». Antonello Ciccozzi, analyse la situation et propose à la presse un article intitulé « la valeur des termes, alarme manquée ou rassurance désastreuse ? », il veut en effet souligner que le problème n’est pas l’absence d’avertissement, la commission insistant sur le fait qu’on ne puisse pas prévoir les séismes, mais bien l’attitude rassurante. Il souligne que, pour la première fois selon ses observations, « des scientifiques induisent une population à interpréter une séquence sismique comme événement rassurant avant qu’elle ne se termine ».

Les magistrats s’intéressent à sa démarche et il sera amené à produire le rapport intitulé « Rassicurazionismo (intraduisible "rassurance") – anthropologie de la communication scientifique dans le tremblement de terre de l’Aquila ». Le rapport est soutenu en audience le 11 avril 2012. 

Nous ne reviendrons pas sur son rapport qui analyse le processus par lequel le diagnostic de la CGR s’est inséré dans « la culture anthropologique locale », et enquête sur la communication institutionnelle et les comportements. Il est basé en outre sur l’influence prépondérante de la communication de toute institution sociale sur le comportement des individus et des groupes (pour le nier il faudrait remettre en cause la nature culturelle de l’être humain) et décrit le cadre socio-culturel dans lequel se déroule le processus de diffusion de l’information. Pour le Professeur d’Anthropologie culturelle Pietro Clemente qui parle du tremblement de terre comme « une fracture de la modernité », le rapport d’Antonello Ciccozzi peut être vu comme un combat contre « l’oubli du moderne », il permet d’établir une pensée critique des rapports entre citoyens, société organisée, pouvoir technique, pouvoir politique et connaissances scientifiques. Le Professeur affirme que ce travail « met en évidence (…) comment la consommation collective des médias amène une sorte de dépendance de la communauté qui amplifie l’autorité de la science publique jusqu’à la rendre funeste ». Pietro Clemente évoque également ce qui peut être appelé un « paradigme sécuritaire », il est basé sur l’alliance pouvoir/technique et nécessite une représentation du gouvernant capable d’être maître de la scène sociale et naturelle. Pietro Clemente souligne que le « thème de la rassurance – qui est le cœur de la critique de Ciccozzi – a été en effet la forme tragique du paradigme sécuritaire ».

Nous allons toutefois exposer la chronologie des faits et la diffusion des informations à partir de cette réunion. On peut formuler l’hypothèse qu’une diminution de la perception du risque aurait induit une augmentation de la vulnérabilité du territoire. Il faut souligner pour cela que si l’on veut nier toute influence de la CGR sur la population en invoquant un concept de libre arbitre absolu, cela engendrerait le paradoxe de déresponsabiliser des situations contraires de fausses alertes « procurato allarme » pour lesquelles la Magistrature n’est pas moins sévère.

Diagnostic de risque produit par la CGR.

La CGR se réunit donc le 31 mars à l’Aquila, dans un contexte d’inquiétude collective croissante. Le communiqué de presse de l’annonce de cette réunion précise l’objectif : «  fournir aux habitants de la Région toutes les informations dont a connaissance la communauté scientifique à propos de l’activité sismique des dernières semaines ».

L’inquiétude qui se répand et le besoin de « donner du sens », posent ouvertement à cette commission la question d’un éventuel séisme catastrophique. La CGR ne peut alors que répondre à cette demande et, pour cela elle pouvait le faire de trois manières :

  1. Déterministe (affirmation ou négation, en se reconnaissant alors une capacité de prévision sur l’événement).
  2. En ne déterminant rien (en informant sur l’impossibilité de prévenir le séisme).
  3. Avec une probabilité (définissant une probabilité d’occurrence de l’événement).

 Nous allons voir que si la teneur scientifique du message au sein de la réunion porte bien sur l’impossibilité de prévenir le séisme, l’acte de communication va lui porter le paradoxe d’une prévision de non-événement. La réponse fut en effet un diagnostic rassurant, émergent d’un « ensemble cacophonique » d’annonces non coordonnées et contradictoires. Il ressort dans l’acte de communiquer une évaluation déterministe déjà exprimée à plusieurs reprises par les organismes de la protection Civile : les séismes ne sont pas prévisibles, mais paradoxalement on prévoyait qu’il n’y en aurait pas un catastrophique.

Nous ne pouvons pas trouver de traces de documents officiels sous forme de procès-verbal de cette réunion, il n’y a pas non plus eu de conservation d’enregistrement audio-visuel de l’entière conférence de presse. Il a été nécessaire pour ce travail de se baser sur les témoignages retranscrits pour le procès, sur le rapport d’Antonello Ciccozzi ainsi que sur l’analyse des médias. Nous reprenons également les retranscriptions d’émissions de la télévision locale de l’Aquila.

En ce qui concerne ce que retiennent les décideurs de cette réunion nous pouvons trouver les retranscriptions de Daniela Stati, conseillère régionale en charge de la Protection Civile, et de Gianluca Braga, Sous-Préfet de l’Aquila. Daniela Stati retient de la réunion qu’il « ne faut pas créer d’affolement inutile », « ces secousses déchargent la terre (…) d’une énergie ». Comme Antonello Ciccozzi elle restera dans la zone avec sa famille sans s’inquiéter. Gianluca Braga rapporte l’exposé des faits de la réunion et le fait « qu’un événement sismique important était à considérer improbable, qu’en comparaison au dernier grand séisme de 1703, des différences d’intervalles de temps, extrêmement longs, annulaient en substance la possibilité que se vérifie un événement d’une même portée ». Pour Gianluca Braga « tant le ton que le contenu des interventions allait dans un sens ‘’non alarmiste’’ ». Pour le Sous-Préfet « l’évènement a été défini improbable ». Les secousses ont été présentées comme un signal rassurant, « la séquence pouvait être considérée comme un élément favorable car ce qui était le plus à craindre c’était un séisme qui ne serait pas précédé de secousse plus faibles », « la séquence en cours, pour laquelle on parle aussi de dégagement d’énergie, rendait plus difficile l’événement majeur ».

Voilà pour ce relève de la réunion, mais qu’en est-il de la population ?

Franco Barberi  annonce en conférence de presse « on ne peut pas prévoir les séismes ».  Le président de la CGR ne prononcera jamais le nom de Giampaolo Giuliani mais il poursuit « quiconque dirait qu’il détient un instrument pour prévoir les séismes ne dit que des balivernes, ça n’existe pas, ça ne fait que créer de la confusion et terrorise la population ». Pour ce qui concerne la séquence en cours il annonce que « les séquences avec de nombreuses secousses rapprochées sont assez fréquentes, très rarement elles évoluent en situation plus critiques, dans la majorité des cas elles s’épuisent sans ne rien produire de plus dangereux ». Il indique  que « cela ne nous permet pas de dire qu’il n’est pas mathématiquement possible qu’il y ait une secousse plus forte, sinon nous aurions cette capacité de prévision, que, comme déjà dit, malheureusement nous n’avons pas ». Cette déclaration de Franco Barberi semble dans les sources obtenues l’unique rassurance à teneur non déterministe communiqué par la CGR[6]. Ce ne sera pas quoiqu’il en soit le message repris par les médias. Un tremblement de terre catastrophique va être considéré comme un événement peu probable, la situation est même plutôt présentée comme pouvant rassurer la population. L’éventualité d’une secousse forte, sans jamais être exclue par l’information scientifique, va être marginalisée par la communication.

La télévision locale va interviewer Massimo Cialente. En qualité de Maire de l’Aquila il est en charge de la Protection Civile, il assume donc la responsabilité d’informer les habitants de la teneur de cette réunion.  Son premier message est clair « il n’est pas possible de prévoir les séismes ». Il poursuit « on est confronté à une séquence sismique caractérisée par une haute fréquence mais une faible ampleur (…) il ne devrait pas y avoir de risques sur les structures ». Cette première communication contribue à l’élaboration d’un paradoxe, les séismes ne sont pas prévisibles mais on prévoit un non-séisme.

Le message qui va avoir le plus d’impact sera celui de Bernardo De Bernardinis, chef-adjoint du DPC (secteur technico-opérationnel). Il est interviewé par TvUno la télévision locale de l’Aquila, juste après la réunion. Il annonce que « la série en en cours représente une phénoménologie sans aucun doute normale du point de vue des phénomènes sismiques dans une telle typologie de territoire » (moins doctement l’Aquila est une zone sismique avérée depuis des siècles, il ne faut pas s’inquiéter).  Le climat de l’entretien est serein, le journaliste évoque même que De Bernardinis « est des nôtres » et que ses grands-parents sont de Ofena, un village à 40 kilomètres de la ville. De Bernardinis explique ainsi qu’il n’y a pas de raison de s’inquiéter (« il n’y a pas de danger ») et qu’on peut prendre exemple sur « nos anciens » qui « eux savaient affronter » ces moments. La communauté scientifique lui aurait confirmé une « situation favorable » liée à « une décharge continue d’énergie » avec une «des événements plus intenses » mais qui « ne sont pas (non plus) très intenses (‘’intensimmi’) ». L’effacement du danger est clairement illustré par la fin de l’interview : le journaliste demande « eh bien, on va se prendre un bon verre de vin de Ofena », le technicien répond alors « Absolument, absolument, un Montepulciano, parmi les AOP (‘’italien DOP’’), ça me semble … (pause)… ça me semble important ça ». Et c’est ce message qui va être repris. Le jour suivant le Quotidien régional ll Centro explique « il n’y a pas de danger, il y a une décharge d’énergie continue, la situation est favorable ». Il Messaggero, le quotidien de la région de Rome (l’Aquila est d’ailleurs assez proche et reliée par une autoroute à la Capitale), explique également que « la communauté scientifique confirme qu’il n’y a pas de danger car il y a une décharge continue d’énergie, la situation est favorable ». Le quotidien Il Tempo  (également diffusé dans cette zone), fait sa première page en titrant « Protection Civile, nouvelles secousses mais il n’y a pas de danger », dans le détail il est expliqué «Le chef-adjoint du DPC, De Bernardinis, assure : la communauté scientifique confirme qu’il n’y a pas de danger ». Dans la zone de l’Aquila, à 10h00 les quotidiens régionaux sont en rupture de stock, les réseaux sociaux diffusent massivement les propos de De Bernardinis. Cette évaluation rassurante sera également diffusée sur des médias nationaux. La population est donc très réceptive et le message qu’elle reçoit est celui de l’identification des secousses à un signal positif, l’énergie se disperse.

Sciences, informations, communications, La CGR piégée ?

Les médias ont un rapport au risque particulier : lorsqu’il est question de risque « le couple conceptuel information / communication […] est inadéquat, il fait même écran à l’analyse », on est passé aujourd’hui « de la médiatisation de la science à une information scientifique banale qui obéit aux lois ordinaires de la production de l’information ». Dans son ouvrage paru en septembre 2006 intitulé Risques et catastrophes : comment éviter et prévenir les crises ?[7], Gilbert Bouté souligne déjà que

« si le milieu journalistique conserve toujours très largement le monopole de la diffusion d’information, il est par contre en train de perdre progressivement le monopole de la production de l’information parce que les journalistes sont désormais soumis à des stratégies de plus en plus sophistiquées et rationalisées de la part des groupes sociaux, inégalement selon le pouvoir dont ils disposent »

Patrick Champagne[8] parle d’un « nouveau régime de l’information scientifique », il explique que le traitement de l’information évolue car les attentes de la population évoluent également. Pour les journalistes spécialisés l’information scientifique est  un domaine qui doit être traité comme n’importe qu’elle autre. Les institutions scientifiques sont de plus en plus amenées à débattre publiquement dans une logique de type politique. Le travail des journalistes scientifiques et médicaux est marqué par une urgence croissante, le temps pour fabriquer l’information étant de plus en plus limité à cause de la concurrence et de la recherche de scoop et de révélation. Ces phénomènes sont accélérés par les médias sociaux. La mutation du discours journalistique et le « nouveau régime de l’information scientifique » doivent être plus précisément étudié. Toutefois on constate que c’est une mutation à laquelle n’échappe ni la vulgarisation et la diffusion grand public ni même la recherche comme l’illustre la publication à propos de la science et des tweets autour de l’affaire de « l’arseniclife ». L’article de Gabriel Gallezot tweet & science[9] nous expose le cas d’un article de la Nasa qui a été la cible de nombreuses controverses sur les réseaux sociaux et dont la parution en revue a été retardée de ce fait « Cette petite histoire de communication scientifique permet de mettre en évidence l’arrivée de Twitter dans les pratiques de publication scientifique ».

Les scientifiques peuvent avoir une démarche épistémologique et analyser les outils de la connaissance, mais la population n’a pas d’autres filtres que les médias. C’est nous semble-t-il la différence majeure qu’il faut considérer dans les responsabilités que nous pouvons avoir d’informer. Le rapport médias-science bouleverse d’ailleurs le statut de la science, « dans la société occidentale la communication scientifique est perçue par la population comme la plus haute expression d’autorité »[10] mais la production de l’information et sa diffusion peuvent générer des distorsions.

Le cas de la controverse de « l’alarme manquée » lors du séisme de l’Aquila est plus à considérer comme une « rassurance désastreuse ». Il faut souligner la différence que peut avoir l’information scientifique et la communication (de crise, de prévention…). Dans le cadre de la protection des populations décideurs et communicants doivent considérer autant le message que le messager. 

D’ailleurs, pour ouvrir la discussion, devant le changement de paradigme que nous offrent les mutations technologiques, peut-être faudra-t-il également que le système politique s’adapte de nouveau. Paul Allard[11] décrit de quelle manière l’inondation de 1856 dans la région du Bas Rhône marque le début d’une nouvelle manière de gérer les grandes crises. Napoléon III vient alors apporter sur place le soutien de l’Etat « sous l’œil des journalistes locaux et nationaux ».  D’autres chercheurs analysent la catastrophe de Fourvière du 13 novembre 1930 ou les inondations de la Somme en 2001 pour souligner la lecture politique que contribue à imposer la presse[12].

Il faut désormais prendre en compte la stratégie éditoriale des médias et « des exigences communes auxquels doivent faire face les (acteurs médiatiques) : […] répondre à des enjeux économiques, réussir à maintenir un haut niveau de crédibilité dans l’opinion publique, et obtenir accès à l’information. Les titres développent ainsi une série de pratiques partagées qui favorisent un degré important d’homogénéité dans la couverture politique des événements. Les chercheurs de l’observatoire de la communication politique de Turin[13] comparent  les « nouveaux médias » à des institutions politiques[14]. Nous avons dans d’autres travaux[15] traité de l’opposition entre les dimensions horizontales, participatives et réticulaires des médias sociaux, opposées aux dimensions qu’on pourrait croire verticales du discours dominant des médias traditionnels. Rien n’est aussi tranché, tout se superpose, aucun discours n’est autonome. Il faut également exploiter ces rapports nouveaux. Le procès en appel relaxera six membres de la commission mais confirme la culpabilité de De Bernardinis, il sera condamné à deux ans de sursis. La CGR a fourni une information qu’on ne peut dire fausse, mais n’a pas eu le contrôle sur la diffusion et la communication. . 

 


[1] Ciccozzi, Antonello, Pietro Clemente. Parola di scienza : il terremoto dell'Aquila e la Commissione Grandi Rischi : un'analisi antropologica. Roma, DeriveApprodi, 2013, p 38.

[2] Les accusés lors du procès que nous évoquerons plus en avant sont Franco Barberi (président de la CGR), Bernardo De Bernardinis (chef-adjoint du secteur technique du DPC), Enzo Boschi (président de l’Institut National de Géophysique et Vulcanologie), Giulio Selvaggi (directeur du Centre National Tremblement de Terre), Gian Michele calvi (directeur de l’Eucentre), Claudio Eva (Professeur de Physique à l’Université de Gêne) et Mauro Dolce (directeur du Bureau Risques Sismiques de la protection Civile).

[4] Guiliani Massimo, Il primo terremoto di Internet. L’Aquila : blog, social network, narrazioni del trauma nello show della ricostruzione, Royaume-Uni, Amazon.co.uk, 2012, p 41

[5] Ciccozzi, Antonello, Pietro Clemente. Parola di scienza (...), p 23.

[6] Notons que Franco Barberi a déjà connu une situation de crise concernant un précédant message rassurant dans le cas du séisme dans la région Ombrie en 1997. Quatre techniciens décèdent dans l’écroulement d’une partie de la Basilique de St François d’Assise. Les techniciens étaient alors en train de procéder à des constatations sur les fresques de Giotto suite à une première secousse, peu de temps avant Franco Barberi, alors responsable de la Protection Civile avait déclaré « invraisemblable » l’éventualité d’une réplique plus forte. Lorsque Romano Prodi, Walter Veltroni et Giorgio Napolitano (alors Ministre de l’Intérieure) se rendent sur les lieux, ils ne peuvent rester qu’à peine un quart d’heure devant la Basilique. Ils quittent les lieux rapidement craignant que l’hostilité de la foule dégénère

[7] Bouté Gilbert, Risques et catastrophes : comment éviter et prévenir les crises ? Le management des situations complexes, Montreuil, Papyrus, 2006

[8] Champagne Patrick, « Journalisme scientifique effets médiatiques : réflexion sur l’éthique des médias » - Conférence 7° Université d’été de l’innovation rurale, août 2001.

[9] Gallezot G. « Tweets & science ». In : Pelissier, N. & Gallezot, G. (dir), Twitter Un Monde En Tout Petit. Paris : Harmattan, 2013. p. 233‑240.

[10] Ciccozzi, Antonello, Pietro Clemente. Parola di scienza (...), p 29.

[11] Allard P., La presse et les inondations dans la région du Bas Rhône en 1840 et 1856, in Récit et représentations des catastrophes depuis l’Antiquité, Dir. Favier R. & Granet-Abisset A-M, Grenoble, MSH Alpes, janvier 2005, pp. 73-92.

[12] Martinais E., La catastrophe comme construction du champ médiatique. L’éboulement de Fourvière (1930) à travers la presse écrite, Mais aussi Amalric. M., Scarwell H-J., Laganier R., La représentation médiatique du risque d’inondation : entre déni et rumeur. Le cas de la Somme (80), in Récit et … op cit, p. 93. & p 129.

[13] Cf. pour le séisme de l’Aquila, Bobba Giuliano & Cepernich Christopher, la Costruzione dell’ “eccezionale” come risorsa del consenso, in Oltre il terremoto, l’Aquila tra miracoli e scandali, Rome, viella, 2011

[14] En citant comme reference Sparrow. H., Uncertain guardian: The news media as a political institution, Baltimore, JH University Press, 1999. & Cook TE., The News Media as a political Institution, in “political Communication”, 23, 2, 2006, pp. 159-203

[15] Notamment De Messine à l’Aquila, représentations de la catastrophe. Séminaire CMMC, Université de Nice, janvier 2015 ou encore Les catastrophes sont-elles utilisées par la politique ? L’exemple du gouvernement Berlusconi. Séminaire CMMC, Université de Nice, février 2016. 

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