Secours et interventions dans le ciel européen : acteurs moyens et missions ? 1 / L’Italie

En France, les moyens aériens qui survolent nos différents chantiers sont à l’origine de milles débats passionnés. Les Choucas, Dragon, Pélicans, Milan, (indicatifs de différents vecteurs en France) sont de drôles d’oiseaux qui doivent affronter les logiques de rationalisation sans trop y laisser de plumes. En 2014 la remise en cause du marché d’acquisition de la Gendarmerie a généré un dédit de 5,5 millions d’euros à régler à Airbus Hélicoptère. Les EC 135 devaient remplacer les vieux écureuils mono turbine qui ne doivent plus voler au-dessus des zones urbanisées, c’est un vrai besoin opérationnel mais la Gendarmerie n’a «  plus les moyens d’entretenir une flotte importante » (Michel Cabirol, La Tribune, 04/11/2014). C’est une réalité qui est présente en France comme en Italie.

Différents acteurs concourent à l’accomplissement de missions complémentaires dans la protection des personnes, des biens et de l’environnement, une multiplicité d’acteurs qui se retrouvent dans les airs. Des récentes réformes de spending review, vouées à optimiser les services de l’Etat chamboulent l’organisation des acteurs du secours comme le Corps Forestier et les Capitaineries dans leurs statuts, et d’autre part, les différents programmes de dotation relatif aux hélicoptères.

Aw139

(c) catanzaro.weboggi.it

L’hélicoptère, puisque nous traiterons principalement de ce vecteur en dehors des Avions Bombardier d'Eau (ABE), est un moyen flexible qui développe une approche « dual-use » dans sa conception comme dans ses missions : il y a d’ailleurs une tendance des Forces Armées à participer aux missions de Protection des Populations sur le territoire. Cette approche « dual-use », autrement dit la capacité pour des machines conçues pour le métier des armes à remplir des missions « civiles » sera une des pistes de réponse au besoin d’optimisation. L’utilisation de Chinook CH-47, un hélicoptère de transport lourd destiné à l’armée, dans la lutte contre le Feu de forêt est un des exemples les plus représentatifs que nous allons exposer en parallèle de l’aspect indispensable croissant de ces vecteurs particuliers. Les chercheurs Alessandro Ungaro et Alessandro Marrone que nous avons interviewés ont dirigé un ouvrage de l’institut des Affaires Internationales de Rome autour de cette problématique. Ils constatent que nous passons d’un contexte de séparation rigide entre les technologies civiles et militaires vers plus de partage avec un « spill-over » de technologies. C’est en ce sens également que nous regarderons le contexte des secours héliportés. (http://www.affarinternazionali.it/articolo.asp?ID=2845)

En France les modèles d’hélicoptères sont pour le plus grand nombre des modèles Eurocopter (EC) (EC135, EC145, écureuil, etc.). Les hélicoptères de la Gendarmerie représentent un parc de 56 machines,  35 pour la Sécurité Civile. En ce qui concerne les hélicoptères du SAMU les modèles sont par contre plus disparates même si on compte une majorité d’EC, EC135, AS355 (écureuil II) il y a également des modèles AgustaWestland (AW) ou encore des McDonnell Douglas.

Ces différences sont aussi dues à la présence d’opérateurs différents dans la gestion de ces machines. Plusieurs opérateurs sont répartis sur le territoire comme Hélicap, Mont Blanc Hélicoptère, NHV Nordzee Hlikopter Vlaanderer, ou bien encore INAER. Les SAMU peuvent compter sur une quarantaine d’hélicoptères. Le SAMU 94 se dote le premier en 1983 d’un hélicoptère civil, les apparitions successives de vecteur dans les SAMU avec différents opérateurs expliquent ces disparités qui ne sont pas sans conséquence, sur les capacités opérationnelles. En effet, l’avionique embarquée et les équipements notamment pour le vol de nuit ou le treuillage dépendent des modèles. On observe toutefois que les modèles EC sont les plus distribués sur notre territoire.

Retour de l’autre côté des Alpes. Les Forces Armées italiennes (FAI) peuvent compter sur 12 modèles différents. Plusieurs modèles sont siglé « AB » pour « Agusta-Bell » notamment les AB-205, AB-206 AB-212, ou encore AB-412. Ce sont des hélicoptères du constructeur américain Bell Aircraft dont les modèles « licence-built » par Agusta sont conçus en Italie. Les machines sont en service depuis environ 30 ans et sont peu à peu remplacées par des modèles plus récents. Les trois modèles en cours de déploiement sont des AW-101, NH-90,  et AW-139. Le NH-90 est un hélicoptère de taille moyenne de conception militaire développé selon les exigences de l’OTAN par NH industrie. Cette dernière est le résultat d’une collaboration entre Airbus Helicopters, AgustaWestland et Fokker Aerostructures. L’Italie est partie prenante du constructeur AgustaWestland qui est lui-même une join venture anglo-italienne composée par GKN et Finmeccanica (groupe industriel italien œuvrant sur le marché de la défense et de la sécurité dont l’état est actionnaire).

C’est AgustaWestland  qui produit les différents hélicoptères « AW », que nous mettrons en lumière.

Les FAI utilisent des hélicoptères qui dès leur conception sont prévus pour des missions particulières comme la surveillance, la recherche, Search And Destroy, Search And Rescue (SAR), la recherche toujours et le sauvetage donc, mais aussi des missions médicales (EVACMED, évacuation médicale). Les derniers événements liés à l’épidémie d’Ebola ont démontré la capacité de la Marine Militaire ou d’autres Forces Publiques de Sécurité à gérer les transports de personnes avec des risques infectieux avérés.       

L'ensemble des forces publiques de sécurité et de secours peuvent compter sur une flotte d’environ 250 hélicoptères. Ils remplissent des missions de SAR, law enforcement, patrouilles et contrôles du territoire… 

Police Nationale : elle œuvre aussi dans le SAR avec une flotte de 68 appareils.

Les 28 AB-206 représentent un parc vieillissant, ils sont utilisés pour l’activité opérationnelle (reconnaissance, surveillance, escorte…) au-dessus des zones à faible densité de population.

10 A-109A et 1 A-109A-II (« upgrade civilian version »)  remplissent les missions au-dessus des villes et assurent le transport rapide de personnalités. Une version maritime (A-109N) a été livrée en 2008.

23 AB-212 et 5 AW-139 complètent la flotte avec des rôles multiples qui incluent le SAR ou l’emport de personnel.  On peut également souligner que le programme de dotation des derniers AW-139 bénéficie d’une contribution de l’agence FRONTEX. Les AW-139 sont équipés du système FLIR (forward-looking infrared), de communication satellitaire, de phares de recherche nocturne, d’un treuil et d’une liaison vidéo haute définition.

Les missions de sauvetage et d’assistance sont désormais intégrées dès la livraison des machines.

Les capitaineries et garde côtes :

Les hélicoptères des gardes côtes sont évidemment acteurs à part entière des missions de recherche et sauvetage en mer. Ils remplissent également toute mission en lien avec la police maritime et la surveillance (contrôle de l’environnement, des pêches, du trafic marchand…). Ils assurent les missions sous compétence du Ministère des Infrastructures et des Transports.

Deux types d’appareils : des AW-139 et des AB-412 CP (dérivés pour les garde-côtes de la version commerciale « SP », puis de la version « HP », ces derniers lots présentent une capacité d’action en vol stationnaire fortement améliorée).

Ils sont utilisés prioritairement pour l’activité SAR, et secondairement pour la police maritime. (la démarche dual-use dont nous reparlerons et ici inversée).

Il est question d’un remplacement progressif des AB-412 par des AW-139 CG (pour Coast Guard) en configuration SAR, doté du système FLIR avec LLTV (LowLight Tv), phare de recherche mais aussi AIS (transpondeur aéronautique converti pour l’usage maritime). Mais ce remplacement devra être mené après la réorganisation des services de l’état qui devrait en partie affecter les capitaineries. La dernière commande additionnelle d'août 2016 à Leonardo-Finmeccanica porte la dotation prévue à 12 appareils.

Gardecote

Corps Forestier de l’Etat : (Corpo Forestale di Stato, CFS)

C’est, avec les capitaineries, le Corps d’Etat qui est sur le point de subir les plus grands changements, cela mériterait une note exclusivement consacrée. Les forestiers sont actifs dans la prévention et la détection des Feux d’espaces naturels et concourent aux services de la Protection Civile dans l’activité de secours. Ils ont aussi la lourde charge des contrôles et de la police environnementale.

37 machines composent leur flotte.

12 NH-500, 18 AB-412, 3 AW-109N remplissent ces différentes missions mais il est intéressant de s’attarder sur les 4 appareils Erickson S-64F.

S64 skycrane d0

Ces machines sont gérées de 2009 à 2012 par le COAU (Centre Opérationnel Aérien Unifié) du Département de la Protection Civile. Une réforme en 2013 modifie complètement le paysage opérationnel des moyens aériens en Italie. Les moyens aériens nationaux destinés à la lutte anti—incendie passent alors sous gestion du Ministère de l’Intérieur, plus spécifiquement du Département des Vigiles du Feu qui récupère la charge des ABE (Avion Bombardier d’Eau). Les HBE Erickson repassent eux sous contrôle du CFS. Toutefois les prochaines réformes en cours font entrevoir une possible militarisation de ce corps qui ne sera pas sans conséquence sur la chaîne de commandement et la mobilisation de ces machines.

Les appareils se répartissent sur 7 bases et des sites stratégiques durant la période estivale selon les indications et analyses de risque du Département de la Protection Civile.

Garde des Finances : (GF)

La flotte d’hélicoptère de ce service, Police du Ministère des Finances, est divisée en deux composantes. Une première agit dans les eaux territoriales, la seconde en haute-mer.

De nouvelles exigences apparaissent dans le contrôle de ce que l’on peut désormais appeler les « autoroutes de la mer », la sécurité des échanges, le contrôle des différents trafics obligent les hélicoptères de la GF à remplir des missions d’assistance, notamment dans le cadre des vagues d’immigrations clandestines de ces dernières années.

Le programme de dotation en cours de déploiement depuis 2008 prévoit une diminution de 30% du nombre d’appareils. L’amélioration qualitative devrait être concrète puisque des NH-500, AB 412-HP, A-109 et AW-139 il ne devrait rester, avec de nouveaux appareils, que les deux derniers types de machines, plus récentes. Une commande de 18 appareils A-109 va améliorer la capacité d’action, de vol de nuit et les capacités de recherche avec des radars de nouvelles générations (FIAR-BENDIX) et le système FLIR II.

En ce qui concerne les AW-139 prévus pour des missions de SAR en mer comme en montagne les livraisons sont en cours avec 20 à 25 machines de prévues.

 

Les Pompiers : Le Corps National des Vigiles du Feu (CNVF).

Les pompiers italiens utilisent les hélicoptères dans deux cas : en cas de catastrophes et pour les secours techniques (activité « institutionnelle du Corps »). Dans le premier cas il s’agira de procéder à des reconnaissances, à des interventions d’urgence si les difficultés d’accès sont avérées, à la coordination des opérations de secours ou encore le transport de matériels ou équipes spécialisées.

Dans le cas de l’activité institutionnelle, les hélicoptères sont mobilisés pour le sauvetage de personne en danger, le transport urgent de malade ou blessé mais aussi pour des relevés de radioactivité. Les hélicoptères du CNVF sont gérés par le Bureau Service Aérien du Secours Public et de la Défense Civile. Les 12 bases hélico dépendent des inspectorats régionaux des VF pour l’aspect opérationnel et des Commandement Provinciaux (départements italiens) pour la logistique. En cas d’événement important les structures centrales coordonnent les 41 hélicoptères.

Sur ces 41 appareils on trouve pincipalement 3 modèles, les AB-412, les AB-206 et les AW-109. Parmi les 22 AB-412, 12 sont vieillissants, les premiers datent de 1984. Depuis 2003 10 autres appareils sont désormais actifs doté d’IFR et de treuils manipulable jusqu’à 270 kg de charge. Ils œuvrent souvent avec les équipes spécialisés SAF (Secours Alpins Fluvial) grâce aussi à une capacité d’emport d’une dizaine d’agent.  

Ab 204 mm transforme

 

Les 14 AB-206 sont principalement utilisés pour de la reconnaissance et du transport de personnel. Les dotations en cours prévoient le remplacement des AB-206 par des AW-109 et le maintien de certains AB-412 dans la flotte.

Flotte aérienne de la Protection Civile pour la campagne FdF :

Cette flotte, la plus visible et médiatiquement exposée a subi de profondes modifications dont nous avons déjà évoqué quelques point plus haut. Le législateur a recherché à optimiser les moyens notamment avec les lois 59/2012 et 79/2012.

Si les moyens sont toujours coordonnés par le COAU, ils sont désormais affectés à d’autres corps / organismes. Par exemple les HBE sont sous la responsabilité du Département des Vigiles du Feu de la Sécurité et Secours Publics et de la Défense Civile. Ce dernier assure la coordination technique et la charge opérationnel sur le territoire national pour les opérations d’extinction, avec l’aval de la SOCAV (salle opérationnelle Centre Aviation des Vigiles du Feu).

Les appareils peuvent être mobilisés pour 5 missions :

  • Reconnaissance et/ou surveillance
  • GAAR (période et zone limitées)
  • Confinement/limitation d’un sinistre : mission d’attaque pour orienter un feu.
  • Extinction totale
  • Noyage (habituellement fait par équipe au sol).

La flotte est composée de 19 Canadairs CL-415, ils sont la propriété du CNVF mais jusqu’à la fin 2015 la gestion opérationnelle et la manutention est assuré par l’opérateur INAER Italie (appartenant au groupe espagnol INAER). Le contrat prévoit la mise à disposition minimale de 6 avions en période hivernale, 10 en période intermédiaire et 14 en période de campagne FdF. 

Et enfin les Erickson S-64F dont nous avons déjà parlé ont vécu les allers-retours entre le CFS et la Protection Civile, la gestion technico-opérationnelle et là encore assuré par un opérateur : la société EAC (European Air Crane).

D’autres appareils contribuent à la campagne AIB (anti incendio boschivi, FdF) appartenant à d’autres administrations que le DPC comme l’Armée, la Marine, le CFS nous l’avons vu, ect. Les AB-412, AB-212 et les AB-205 sont les plus utilisés.

On peut souligner l’exemple particulier du Chinook CH-47 de l’AVES (AViazione de l’ESercito, homologue de l’ALAT aviation légère de l’Armée de Terre). Durant la campagne de 2012 il a été équipé d’une cuve de 5000 litres dite « smokey » et il a agi avec ses 2h30 d’autonomie et sa vitesse de 300 km/h sur de nombreux sinistres.

Ch47 d0

 L’approche « dual-use »

Ce concept de dual-use renvoi à l’emploi opérationnel mais aussi à la plateforme en elle-même : et en particulier aux modalités par lesquelles un hélicoptère qui ne naît pas spécifiquement sous le sceau des armes, est capable de répondre à des prérequis militaires de puissance, capacité et protection.

Autrement dit par hélicoptère dual on entend que dès la phase de projet certains standards soient respectés. L’usage par des civils et/ou des militaires est une démarche de pré positionnement structurel. Tous doivent pouvoir adaptés à leur besoin avec des modifications minimes. « Cette deuxième acception du concept mérite une attention particulière en ce qu’elle fait partie d’un processus plus large de transformation dans la manière d’aborder les innovations technologiques qui concerne l’industrie de la défense et les acquisition militaire »

« Il y a aujourd’hui en Europe un débat croissant sur les technologies dual, ou plutôt même sur les technologies utilisables pour développer des systèmes et équipements en mesure de remplir des missions aussi bien civiles que militaires.

Dans un contexte de diminution des budgets alloués à la Défense, les campagnes d’équipement s’accompagnent souvent de réductions quantitatives drastiques.

Dans cette perspective l’option des hélicoptères « dual » représente une piste intéressante pour assurer une sécurité efficace et efficiente. Mais cette solution n’est pas une fin en soi. Ce dual-use est certainement une opportunité d’exploitation des innovations technologiques et de maîtrise de la dépense. Toutefois, beaucoup de moyens strictement militaires requièrent des technologies spécifiques autour d’exigences militaires spécifiques.

Ces requêtes militaires devraient être plus flexibles pour consentir une économie d’échelle ou même des possibilités d’exportation accrues. Plusieurs industriels soutiennent cette ligne de politique industrielle/commerciale. Cela dit il ne faudrait pas mettre en avant le dual-use comme la réponse à tous les problèmes de financement européen. Il sera nécessaire d’inverser cette logique seulement comptable en investissant dans la Défense avec des programmes et ressources dédiés.

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